Quand Minuit Sonnera

 

Ce matin là, tout aurait pu être ordinaire, mais le soleil avait décidé de ne pas se lever. La Terre était plongée dans l'obscurité et chacun se demandait ce qui avait bien pu se passer.
Le ciel portait d'étranges marbrures allant du mauve, au vert émeraude, tout en mouvances et vibrations.
L'air était chargé d'électricité, comme si tout allait exploser.

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Lorsqu'elle ouvrit les yeux, ce matin là, Marie sentit que quelque chose s'était passé. Sa gorge se noua, elle était incapable de se lever, elle trouvait la tiédeur de son lit rassurante et l'idée même de poser un pied sur le carrelage froid, lui donnait la nausée. Quelle heure pouvait-il bien être? Le réveil, s'était arrêté sur minuit et elle n'avait plus aucune notion du temps.
Son chat miaula, d'une étrange façon, d'un son rauque et angoissant, comme si un danger était tapis dans l'ombre, quelque part dans la maison.
Marie pensa qu'il devait y avoir de l'orage dans l'air, elle sentait une odeur de souffre qui planait autour d'elle. Il fallait qu'elle se lève, ne serait-ce que pour rassurer son chat qui miaulait de plus belle.
"Elliot, Elliot, viens ici, vilaine bête à poil! …Tu me donnes des frissons à pleurer ainsi… allez viens par ici, mon minet!"


Le chat ne broncha pas, il s'était réfugié tout en haut de l'armoire, dans la chambre d'amis. Du haut de son perchoir, son instinct lui intimait de ne pas bouger.
Elliot, était un chat noir au long pelage soyeux, avec de grands yeux verts en amande. D'un naturel plutôt calme, il menait sa vie de chat entre l'appartement douillé de Marie et les toits aux tuiles rondes, qui étaient son terrain de chasse favori. Aujourd'hui, Elliot ressentait toute l'angoisse qui avait étreint le monde au cours de cette étrange nuit.
Peu avant minuit, alors qu'il promenait sa nonchalance féline, sur le toit de la maison d'à côté, il avait flairé dans l'espace que quelque chose était en train de changer. Même cet idiot de Gaspar, le chat roux de la boulangère, avait déguerpi sans demander son reste, alors que d'ordinaire il était prêt à toutes les bêtises sans avoir aucune notion du danger.
Elliot, avait vu le ciel changer peu à peu.
La lune, qui était pleine et brillante dans la nuit d'été, s'était effacée petit à petit, comme si son cycle s'était accéléré. Lorsque qu'elle fut dans son dernier quartier, et qu'il ne resta plus qu'un fin croissant pas plus gros qu'un fil, le temps sembla s'être arrêté, et d'un coup d'un seul, il ne resta plus rien au ciel de ce qui fut cet astre merveilleux…. C'est alors qu'Elliot se mit à miauler, en écho aux plaintes de tous les chats du quartier…. Etrange concert de pleurs, que ces matous, d'habitude si discrets, donnèrent à entendre aux humains endormis.

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Marie, rêvait…
Elle était seule en pleine forêt, elle aimait souvent se balader ainsi, écoutant au loin la plainte du vent. Ses pas l'avaient menée au plus profond des bois, là où personne ne s'aventure jamais, quand soudain, elle entendit quelque chose qui se cachait non loin. Une présence sournoise, la guettait, elle ressentit un regard de convoitise se poser sur elle. Sa nuque se mit en alerte, y faisant naître des frissons. Prise d'angoisse, elle se sentait perdue, dans cet endroit qu'elle trouva vite hostile. Les arbres immenses, aux troncs noueux, qui l'entouraient et les ombres changeantes du sous-bois, rajoutaient de l'horreur à cette situation oppressante. Plus aucun oiseau ne chantait, l'air était si lourd qu'il en était presque palpable. Marie se mit à courir, s'écorchant les bras aux branches griffues des basses frondaisons. Le vent redoubla en violence, sifflant sa chanson effrayante, comme un hurlement, inlassablement. Des pas se firent entendre à sa suite, elle accéléra plus vite…..Encore plus vite.
Alors qu'elle croyait enfin atteindre l'orée, elle perdit l'équilibre et tomba sans fin dans un puits sombre. Marie, était à bout de souffle, son cri de terreur mourut au fond de sa gorge quand elle s'éveilla enfin en sursaut…….

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Sur le toit, Elliot, pris conscience que le ciel prenait des teintes peu ordinaires. Le noir étoilé, fît peu à peu place à ces volutes fantomatiques en dégradé de mauve et de vert. D'aussi loin qu'il remonta dans ses souvenirs de chat, il n'avait jamais vu un tel phénomène. Non seulement la couleur était pour le moins étrange, mais en plus, tout cela était en mouvement, comme entraîné dans un maelström immense. De temps à autre, un éclair palot irradiait vers la terre auréolant la ville en dessous, d'une lueur d'outre tombe.
Elliot, n'aimait pas du tout cela, même si sa condition de chat noir faisait de lui un être mystérieux, qu'on qualifie parfois de maléfique, il commença sérieusement à avoir ce qu'on appelle la trouille!! Les autres chats avaient depuis longtemps quitté les toits, quand minuit sonna au clocher de l'église. Même le son des cloches semblait avoir changé, il était étouffé, comme si un voile d'ouate les enrobait, c'était un bruit sourd, qui aurait glacé les plus courageux d'entre nous.
Au douzième coup de minuit, une odeur épouvantable de souffre se répandit sur la terre, annulant tout autre parfum. Elliot perdit alors son sang froid, et la queue entre les jambes, il détala jusque chez lui….


Marie se décida enfin à sortir de son lit, elle frissonna et dût enfiler illico, sa chemise de nuit qui traînait par terre au pied du lit. La fenêtre, qui était restée ouverte pendant la nuit, battait au rythme des rafales de vent. Marie s'approcha pour la fermer, et ce qu'elle vit au dehors la laissa sans voix… Il devait être 8h30 et tout semblait vide, comme si l'humanité tout entière avait quitté la planète. Un sentiment de crainte se mit à battre dans sa poitrine, donnant à son cœur un tempo irrégulier. Le plus surprenant encore, c'était cette couleur inhabituelle qui enrobait tout, même les oiseaux qui nichaient dans le platane à côté, se taisaient. Marie avait la chair de poule, elle referma fébrilement la fenêtre et appela son chat.
"Elliot, où es-tu? …Viens mon chat, viens!"
Elle avait cru l'entendre au bout du couloir, elle se dirigea donc vers la chambre d'amis à tâtons dans le noir, car l'électricité ne fonctionnait plus, les fusibles devaient avoir certainement lâché!!


Dans la chambre, Elliot attendait, les oreilles aux aguets, il entendait les appels de sa maîtresse, mais il était paralysé par le sentiment d'insécurité qui ne l'avait pas quitté depuis plusieurs heures à présent. Elliot avait les nerfs à vif, son poil se dressait et des tremblements irrépressibles le clouaient sur place. Un ultime miaulement, que la terreur rendait rauque, sortit avec peine de sa gorge, quand il perçut que quelqu'un tournait la poignée de la porte. Il tourna son regard émeraude vers la fenêtre restée ouverte, mais il n'eut pas le courage de fuir. La pièce avait pris les couleurs immondes du dehors, des volutes de souffre planaient dans l'atmosphère, à la limite du respirable… Elliot avait peur.. Une peur terrible qu'il n'arrivait pas à réprimer….. Lorsque la porte s'ouvrit enfin, il émit un long râle d'angoisse à vous glacer le sang…

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Marie, le cœur battant, venait de poser la main sur la poignée de porte de la chambre, lorsqu'elle entendit Elliot pousser un miaulement sinistre. Elle n'était pas rassurée d'entendre que son chat avait l'air aussi désespéré qu'elle, car depuis toujours, elle était persuadée que le sixième sens des chats, leur permettait de décoder les mises en garde que la nature leur envoyait. Si Elliot, avait peur, c'était sans nul doute que quelque chose d'anormal était en train de se passer, il fallait à tout prix qu'elle le rassure, elle ne supportait pas l'idée de le savoir aussi désemparé de la sorte. Pour ne pas l'effrayer plus encore, elle ouvrit le plus doucement possible la porte et entra dans la pièce, qui était éclairée par les lueurs fantasmagoriques du ciel…. Elle suffoqua, tant l'odeur de souffre était atrocement dense, et eut à peine le temps d'entendre le râle qu'Elliot avait émis, avant qu'il ne se jette sur elle.


Elliot ne fit qu'un seul bond. Son corps était tendu comme un arc prêt à se rompre, les poils hérissés ,les griffes sorties, il atterrit sur le dos de sa maîtresse en crachant sa rage de chat apeuré. A coup de griffes, il lacéra les bras et les épaules de Marie, déchirant au passage la chemise de nuit. Il n'était plus que furie, un démon sorti tout droit des enfers, une bête traquée qui se défend avec rage. Dans sa folie meurtrière, il oubliait  qui se tenait sous la morsure de ses griffes, sans relâche il agitait ses pattes en tout sens, épuisant sa hargne et sa folie…..

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Marie eut juste le temps de protéger son visage, avant de se plaquer au sol. Elle sentit les griffes s'enfoncer profondément dans sa chair, abîmant, lacérant sa peau mise à nu… Elliot était devenu fou, l'air chargé de souffre l'empêchait de respirer, elle suffoquait, incapable de résister à l'assaut de la bête en furie…Elle poussa un dernier cri, avant de perdre enfin connaissance……


Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Marie n'était plus que douleur, ses bras et ses épaules portaient les marques de griffures sanguinolentes…. Chose étrange, elle ne reconnaissait pas l'endroit, comme étant la chambre d'amis… Il faisait sombre… Elle avait froid… Pas un son ne venait perturber le silence, si ce n'est la plainte du vent…. Où était-elle? …Où était Elliot? …. Elle tendit la main devant elle, et toucha quelque chose qui ressemblait à de la roche. La pierre était dure, froide et humide et son contact lui fit froid dans le dos. Elle était étendue, dans une sorte de puits étroit, le regard levé vers un ciel aux couleurs étranges. Le sang, qui avait voilé ses yeux d'une aura écarlate, se mêlant à l'azur, lui donnait des reflets mauves et changeants. Elle abaissa ses paupières, afin de reprendre ses esprits et d'essayer de se rappeler ce qui avait bien pu se passer. Elle avait souvenir d'un matin, des appels angoissant d'un chat, de la noirceur d'un couloir, d'une porte close, d'une odeur de souffre et de la douleur sur sa peau. Elle chercha à comprendre de longues minutes, tomba encore en sommeil et en sursaut se réveilla enfin…………

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Elle se souvenait….. De cette balade solitaire en forêt, de ces bruits derrière elle, de la fuite, de la griffure des branches à travers les fourrés et de sa chute interminable et puis…..plus rien….
Le vide… La nuit … Le rêve… Tout ceci n'était qu'un songe, le ciel avait gardé sa couleur naturelle, le chat n'existait pas, le souffre s'était évaporé….
Doucement, elle sentit qu'elle respirait à nouveau plus légèrement, la douleur cuisante de sa peau n'était rien à côté de ce qu'elle éprouvait dans son corps. Elle était cassée, pouvait à peine bouger, comment allait-elle sortir de là? ….
Le jour passa, long et monotone. Elle lançait parfois des appels dans le vent, espérant que quelqu'un l'entende et que l'on vienne la sauver… Mais le silence n'était troublé que par le bruissement des feuilles et le chant des oiseaux.
La nuit arriva, levant sa lune bien haut. Le vent cessa… Les oiseaux se turent… Ce fut le silence et le début d'une nouvelle angoisse………………………………………..


guen………………………………………
Tapie dans l'ombre, la bête attendait…
Patiente et Cruelle, aux aguets………
Son souffle rauque crachait…………
Sa haine et sa voracité………………
Minuit a sonné dans la vallée………
Au douzième coup, il s'est levé……..
Lentement, à pas feutrés,…………….
Il s'est laissé glisser…………………
Près d'elle, pour la dévorer………….
……………………………………… FIN




 
 
Attention: Ce texte protégé par les droits d'auteur. sceau1ak

Histoires au Coin du Feu: D'Ombre & de Lumière

Auteur : Valérie Pes