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"Le baiser de l'amour" d'Antonio Canova

Je lèverai mon verbe au souvenir de nous !
J’irai marcher sur la tombe de nos illusions passées sous le regard bienveillant de nos soupirs, pendus à la clepsydre du temps. J’inventerai des nuages roses où nous irons flotter emportés par nos souffles coupés, par notre déraison affolée. Et tu seras là, comme avant dans ce grand vent d’automne qui tourbillonnait jusqu’à nous geler les os afin que l’on puisse mieux s’en réchauffer. Et je reverrai tes yeux où j’aimais me perdre pour retrouver cette ivresse au goût salé de nos humeurs mêlées.  Dieu, que je t’aimais, que je t’aime encore par delà le temps des saisons qui s’égrainent et qui nous entrainent  jusqu’à la fin éternelle. Sauras-tu déposer des petits cailloux dorés sur le chemin de ton cœur, afin que je puisse retrouver la trace de ce qui fut notre heure un temps. Un temps si court il me semble, un temps où l’amour aurait pu rimer avec ce toujours qui donne l’envie d’aller plus loin encore. Inaccessible âme que je tenais au creux de la mienne, aurais-je ouvert ta cage sur un monde que je ne voulais pas percevoir ?  Où te cache-tu à présent toi qui n’est plus, toi qui pourtant j’attendrai jusqu’à la nuit des temps ?
Je lèverai mon verbe à la gloire de l’amour dissous ! 
J’irai voler sous ton soleil même si mes ailes s’enflamment encore à la chaleur de ton corps. Qu’importe l’endroit et l’heure puisque je ne sais plus compter, puisque je ne sais plus que rêver ! Je prierai les Dieux de naguère pour qu’ils entendent le vide de toi, je leur dirai ma misère d’être si loin de ce temps là. Qu’on m’arrache le cœur sur l’hôtel de nos insolences, que le sang de mes veines se transforme en torrent. Et là dans la forêt rouge et or que nous créâmes ensemble je renaitrai à la lumière des nouveaux jours. J’allumerai des feux de Saint Jean pour valser contre ton corps défendant, alangui sur un tapis de mousse. Que deviendront nos hivers lorsque la nuit tombera sur le pays d’Emerveille ? Sauras-tu croire encore aux présages écrits dans la danse des feuilles mortes de novembre ?
Je lèverai mon verbe aux trésors enfouis !
J’irai par les sentiers tortueux chercher le chemin jusqu’à toi et te ramènerai dans cette Maison que nous avions rêvée comme écrin du plus pur de Nous. Et même si ton cœur est bandé d’incertitude, je murmurerai ton nom pour que tu te souviennes enfin de la douceur de nos mains quand elles s’arrimaient à l’amour qu’on s’était promis. Je ne connais pas nos demain, ni le temps qui nous sépare , ni même s’il adviendra, je ne suis presque rien dans ce tourbillon qui nous entraîne, qui nous déchaîne inlassablement. Tout ce que je sais, c’est mon cœur qui me le souffle lorsqu’à ton souvenir il s’orage de ne plus te vivre. Et je sais qu’à la fin je lèverai mon verbe à l’éternité d’Aimer !

 

V.P.

 

Texte sous Copyrigth sceau1ak