corbeau-et-colombe

Illustration prise sur le net - Auteur inconnu

 

Maître Corbeau, celui-là même dont on parla un jour et qui fort de son dépit s'en était allé cacher sa honte au plus profond d'un pays perdu, se retrouvait ce jour d'hui haut perché à la cime d'un pêcher.
Sa mine dépitée, la plume pareille à celle du geai gélatineux qu'en vers on fredonne, il laissait vaguer son œil tout aussi noir sur le vert de la prairie.
Corbeau, était pris d'un blues sismique qui lui retournait les tripes!
Il n'avait plus la force de voler et se demandait «Vivre ou mourir, quelle voie serait-il bon d'emprunter?»
Son état durait depuis quelques lunes et l'oiseau mal luné commençait sérieusement à donner des signes de décrépitude, quand survint un événement inespéré!!!

Blanche Colombe, que d'aucun reconnaîtrons comme celle dont il est question dans une nommée Genèse, se plaisait à voleter joyeusement sur le fil du vent. Elle pouvait parcourir ainsi de nombreux miles et cents sans se fatiguer aucunement. Ce qu'elle préférait par dessus tout, était, sans une seconde douter, atteindre le coton moelleux et humide des gros nuages blancs qui roulaient sur l'horizon. La blanche oiselle était de celles qui jamais ne désespèrent qui en demain serein croient sans méfiance.
A la voir ainsi, chacun s'émerveillait de tant d'assurance et certains allaient même jusqu'à envier son insouciance. Oui, c'était tentant! Mais c'était sans compter sur un événement désespérant!!!

Ce jour là, il semblerait que c'était un après midi de printemps, la campagne était calme, le soleil brillait, un semblant de paradis en somme! Seuls quelques petits nuages d'une blancheur virginale animaient le ciel de leur lente parade. Corbeau du haut de son pêcher, comme à son habitude, se lamentait sur lui-même, quand il aperçut à la traine des nuages, un petit point blanc qui faisait des zigzags dans le vent. Intrigué, il ajusta sa visée et quelle ne fut sa stupeur quand il se rendit compte qu'il s'agissait d'un oiseau d'une telle blancheur qu'il crut voir des étoiles sur la nuit de ses pupilles!!
Libre comme l'air, Colombe surfait sa joie de vivre en haute altitude, décrivant à l'envie, tourbillons et piqués. S'enivrant des courants ascendants, elle allait bec ouvert sourire à la face brûlante du soleil.
La valse joyeuse captiva l'attention de notre Corbeau névrosé, si bien qu'il en oublia de pleurer. Sa vie lui parut moins morose dès lors qu'il osa garder l'œil ouvert. Ainsi passa une heure, puis deux....
Là haut, Colombe s'enivrait de plaisirs, respirant l'odeur de printemps, goutant avec légèreté à la caresse du vent. Drapée dans son insouciance, elle se croyait invincible.

C'est alors que cela est arrivé!!!

Survenant d'on ne sait où, est venu l'orage foudroyant. Un tumulte comme nul autre pareil renversa l'ordre des choses: Ainsi volèrent en éclats la carapace d'un misérable Corbeau et la naïveté d'une Colombe aussi blanche soit-elle!
A croire en la gentillesse du monde, l'oiseau blanc ne s'était pas méfié que sa route dorée pouvait cacher des dangers. Cet être d'espoir et de paix, dénué de toute agressivité n'était tout simplement pas capable d'imaginer le pire. Lorsque dans les plis de l'orage, elle aperçu le visage de ce qu'elle pris pour un Ange, elle n'avait aucune conscience d'aller à sa perte.
Le visage lui sourit, la Colombe frémit.... Elle succomba!!
Cet état entre Ange et Démon ne dura que le temps d'un souffle court et sans crier «garde» ce qu'elle pris un temps pour un Ange de douceur, lui transperça le cœur d'une aiguille froide et indifférente avant de rejoindre les limbes qui étaient sa demeure.
Des perles de rosée au coin de ses yeux clos, Colombe perdit l'usage de ses ailes et au pied du pêcher vint s'échouer telle la misère incarnée.
Corbeau, que la scène avait intriguée, la vit tournoyer lentement des nuages jusqu'au sol et lorsqu'elle fut posée sur la mousse qui avait pris quartier au pied de son arbre, quitta son refuge pour descendre jusqu'à elle.

Était-elle morte ? Pouvait-on mourir ainsi de désillusion ?
Du pointu de son bec il tenta une approche délicate afin de s'assurer de l'état de l'oiselle. A ce contact furtif, Colombe frémit d'un léger soubresaut entre crainte et curiosité. Qui donc se permettait d'approcher de si près son désespoir ? Elle ouvrit un œil humide puis deux et s'étonna en voyant l'oiseau aux plumes couleur de nuit, qui penché sur elle, cherchait à comprendre ce qui avait provoqué sa chute si soudaine.

Sur ses gardes, Colombe lui raconta sa vie d'avant. Cet immense espoir qui cognait en elle et qui l'avait porté jusqu'à ce triste après midi de printemps. Cette façon qu'elle avait alors, de croire que tout n'est que beauté et lumière. Cette rencontre avec un Ange qui n'en était pas un. Ce désespoir qui l'avait envahie quand le glaive de la trahison lui avait transpercé le cœur. Et puis sa chute interminable dans le vide jusqu'à se rendre compte que même ses ailes pouvaient lui faire défaut.

Corbeau écouta . Corbeau vibra de compassion. Corbeau s'aperçut qu'il comprenait ce que Colombe ressentait et à son tour se confia. Il se souvînt de sa vie d'avant, de cette arrogance d'alors qui lui sifflait des bouffées de « moi je » jusqu'à en être insupportable. Il se souvînt aussi de sa déchéance quand au plus fier de son état on lui fit perdre sa superbe ! Corbeau avait souffert un temps si long jusqu'à cet instant, où d'une simple rencontre, il pu ôter le voile d'un compromis : vivre c'est aussi faire preuve d'humilité, d'avouer ses erreurs et faire en sorte que le chemin qu'il reste à parcourir soit le plus juste possible, un peu comme le funambule sur son fil, pas plus fragile que trop fort, juste en équilibre !

S'il devait y avoir une morale à cette histoire, elle serait sans doute un message adressé à ceux qui se croient protégés des revers. Soit comme le fit Corbeau, parce qu'ils foncent dans leur vie sans se soucier de l'impact de leur comportement. Ne pensant qu'à eux-même et faisant fi des blessures qu'ils laissent à leur traîne. Soit à l'instar de Colombe, parce qu'ils croient que le monde n'est qu'enchantement et éternel bonheur. N'imaginant pas une seule fraction de seconde que le mal existe et qu'il les attends tapi dans l'ombre.

La vie est un compromis entre Ombre et Lumière sur lequel l'humain se promène. Il ne tient qu'à lui de garder l'équilibre pour ne pas basculer dans l'un ou dans l'autre. Ainsi, le funambule avance jusqu'au terme de son voyage.......

 

Valérie Pes

Texte sous copyright : Sceau1