mardi 31 mars 2009
21 Printemps à Prague
Les mots qu’on délie
Sont parfois jugés délits
Certain veulent la bride
Aux pensées apatrides
Ils posent ainsi des fers
Aux idées qu’ils Lucifèrent !
Sous le joug tyrannique
La prose devient satanique
A leurs esprits éteints
Ils imposent le frein
Au diable les mots parjures
Qu’ils perçoivent injures !
Jan Palach sort
des rangs
Et devient étendard de sang !
21 printemps à Prague
Se consument en rage !
Au nom des mots libres
Il devient l’âme des félibres !
Les mots qu’on délie
Sont parfois jugés délits
Vivre pour la liberté
Sans chaînes aux pieds,
Tel en fut le choix
Des martyrs sans croix !
Jan Palach avait 21 ans, lorsqu’il s’immola sur la place Venceslas à Prague le 19 janvier 1969. Deux autres personnes ont suivi son exemple :
* Jan Zajic, alors âgé de 18 ans, le 25 janvier 1969 laissa
ce message qui résume à lui seul cette rage de protestation face à
l’oppression : " Nous ne
pouvons vivre si nous ne pouvons le faire dans la liberté. Notre décision en
faveur de la liberté est absolue. "
* Evzen Plock âgé de 44 ans ….
A eux, je dédie ces quelques vers dont le poids me semble si infime face au sacrifice de leur vie !
dimanche 4 janvier 2009
Nouvelle année,
Découvrez Freddie Mercury!
*
Nouvelles résolutions
Prendre un autre départ vers l'avenir
Ne plus jamais faire taire les émotions
Les faire éclore et toujours s'en souvenir.
Garder tout au fond de soi l'espoir
L'apprivoiser, le caresser et le garder
Pour ces jours ou le vide se fait noir
En jouir, s'en habiller, s'en farder.
Vivre chaque instant, chaque seconde
Comme si on devait mourir demain,
Pour cette vie que le bonheur féconde
Lui apportant la douceur d'une main.
Faire que le soleil à jamais brille
En chassant les idées trop sombres
Pour ne plus avoir le cœur en vrille
Même quand le mal étend son ombre.
Ecouter ce que chante son cœur
En délicieuses notes en accord
Puisque est là le vrai bonheur
Si on veut bien y croire encore.
Dire les mots que l'on retient parfois
Ceux qui savent si bien faire vibrer
Et qui grondent à l'intérieur de soi
Et qui attendent d'en être délivrés.
Exister tout simplement au présent
En conjuguant le joli verbe "aimer"
A l'avenir ainsi qu'à tous les temps
Sans jamais plus devoir en douter.
Prendre tous les cadeaux de la vie
Les petits bonheurs et les grands
Pour qu'ils fassent perdurer l'envie
Même au travers le souffle du vent.
Donner tout ce que le cœur contient
Sans regret, toujours avec tendresse,
Quand les mots murmurent "viens"
En état d'amour, ce jusqu'à l'ivresse.
*
jeudi 23 octobre 2008
Gaïa
Découvrez Erik Satie!
Vu d'en haut
On dirait que la terre est une île, au milieu de l'océan,
Elle flotte dans une pluie d'étoiles, au firmament.
Belle et bleue, sous la lueur dorée du soleil,
Elle tourne inlassablement et nous émerveille.
Mais pour combien de temps encore,
Avant qu'elle ne soit un astre mort?
Vu d'en haut,
Tout parait si calme et Gaïa semble sourire,
Comme si jamais elle ne devait un jour mourir.
Les forêts, abritent encore, en secret, des veilleurs
Qui, touchés par la grâce, rêvent d'un monde meilleur.
Sauront-ils, un jour, la sauver du destin qui la guette,
Eux, qui ont fait de leur vie l'ultime quête?
Vu d'en haut,
On ne peut s'imaginer, tous les dangers
Qui pèsent, de tous leurs maux, sur l'humanité.
Mais dans l'ombre, on s'agite, on se bat
Au nom de la liberté, sans jamais baisser les bras.
Nous autres, rêveurs, serons-nous assez forts,
Pour vaincre, de nos mots, le mauvais sort?
Vu d'en haut,
J'ai imaginé tant fois, un monde où l'homme serait bon,
Où, éclairé par la foi, il saurait enfin dire "non",
A toutes ces guerres, ces crimes et ces batailles,
Qui laissent exsangues, le cœur, dans la mitraille.
Aurais-je tort de croire encore aux possibles,
Et ne serait-ce qu'utopie que de rêver d'accessible?
Vu d'en haut,
J'ai déployé mes ailes, sur le bleu de la sphère.
Lentement, j'ai tournoyé dans la stratosphère,
Pour venir me poser, au creux de Brocéliande.
Pays de toutes les espérances, où l'on quémande,
Les yeux voilés de larmes, la main sur le cœur,
Juste un peu d'amour, juste un peu de Bonheur.
Vu d'en bas,
J'ai croisé le regard de ceux qui croient toujours
Que l'homme pourrait être bon par amour.
J'ai lu l'espoir, gravé dans leurs âmes d'opale
Je sais désormais, que la vie est une fleur de cristal,
Si fragile, mais bien plus forte que la mort
Si tant est, qu'on puisse y croire encore.
Vu d'en bas,
L'écho de la voix de Gaïa, résonne dans mon cœur
Faisant vibrer, chaque lettre du mot "bonheur".
Je sais, que les veilleurs seront toujours là pour elle,
Et que du fond de leur cachette, toujours ils veillent.
Alors, du bout de mes ailes de brume et d'espoir
J'accomplirais, moi aussi la quête contre le noir.
Vu d'en bas,
Ensemble nous ferons rejaillir la lumière
Comme si c'était notre dernière prière
Déchirant à jamais, les voiles de noirceur
Redonnant à l'humanité la vie, la douceur.
Serons-nous assez forts, pour vaincre le sort,
Qui s'acharne inlassablement vers la mort?
VP
lundi 28 avril 2008
Avec des "si"
Avec des « si » refaire le monde. Comme si cela se pouvait être ! Qu’on me donne les couleurs des aurores boréales et j’accrocherai des milliers de lunes sous les étoiles. Petits lampions magiques illuminant la route des juifs errants qui s’abîment les pieds sur le silex des chemins de traverses.
Avec des « si » j’accomplirai des merveilles jusqu’aux pieds des arcs-en-ciel. Devenant Leprechaun j’offrirai la richesse d’un baiser, à tous ceux qui manquent d’amour tout simplement. La tendresse au creux de mes mains en calice, je toucherai leurs âmes pour leur donner l’espoir en demain.
Avec des « si » construire un univers où l’envers du décor serait bien plus beau que ce reflet pitoyable qui miroite palot dès le levé de nos jours. De l’autre côté du miroir je deviendrai l’Alice à la poursuite d’un lapin bleu, j’inventerai un langage en vers et contre tout, anarchie des rêveurs en porte drapeaux.
Avec des « si » j’effacerai les erreurs passées présentes et avenir, d’un seul souffle comme il ne se peut qu’en Féerie. Je rendrai aux hommes leurs paroles sacrées, abolirai les mensonges et les promesses qu’ils font bien trop souvent sans savoir les tenir.
Avec des « si » je redonnerai ses vraies valeurs à l’amour, sans qu’il se conjugue jamais aux chaînes des esclaves qu’on muselle d’un revers de mots assassins. J’inventerai des milliers de frissons fait d’écho aux soupirs qui s’exhalent au plus tendre de s’aimer avec passion.
Avec des « si » je rendrai à l’humain son humanité, qu’il comprenne enfin que la vie est trop courte pour la gâcher en morosité. De mes désirs fleuriront ses envies d’un parcours de douceur ou la cruauté serait abolit.
Avec des « si » j’ouvrirai l’espace infini qui sépare le rêve de la réalité. Les nuits seraient peuplées de clarté qu’on pourrait palper du bout des doigts, le cœur ouvert aux mille et une merveilles que nous offre le parfum d’une peau gorgée d’amour après un corps à corps sensuel.
Avec des « si » je ferai de ton monde ma terre promise si tu me le demandais du bout du cœur sans avoir peur en l’avenir. Je saurai te prouver que la vie est un cadeau merveilleux à vivre en duo sur les accords majeurs de l’hymne à l’amour. Je serai l’étoile pour éclairer ta route jusqu’à la fin des temps, celle qui saura te guider en te gardant libre à jamais.
Avec des « si » refaire le monde. Comme si cela se pouvait être ! Qu’on me donne la grâce des Fées, juste une fois et je saurai le construire pour toi, car mon cœur est un joyau quand il brille à l’en vie contre ce nous que j’espère à l’infini.
Avec des « SI » on peut TOUT ….
lundi 24 septembre 2007
Mémoire d'une Dalanide
Pour toi Dan Garan :o)
Ecoute, je vais te raconter une histoire du temps de ma jeunesse, où je n'étais encore qu'une jeune Dalanide sans ailes ni pouvoirs. Je vivais dans la cité royale de A'Leannáin qui se cache dans les contreforts du Beinn Nibheis. En ce temps là, on m'appelait encore Ealasaid, et je résidais dans le palais de mon père le Roi Donnchadh. J'étais princesse de sang et à ce titre chacun me respectait et me devait allégeance. Je ne manquais point de chevaliers servants, qui s'efforçaient tous de me rendre la vie plus douce qu'elle ne l'était en fait, en dehors des murs de la cité.
Eòghan était celui qui sut faire battre mon cœur, et à qui j'allouais le titre de champion. Nous avions grandi ensemble, apprenant l'histoire de notre empire, l'art des lettres et des chiffres et nous entraînant aux jeux de la lice. Nous étions d'inséparables compagnons de jeux, jamais l'une sans l'autre et j'avoue qu'il m'arrivait parfois de le mener par le bout du nez. En grandissant, notre amitié changea quelque peu sa trajectoire, nous étions adolescents lorsque nous échangeâmes nos premiers baisers. Nous nous réfugions alors sur les tourelles de garde, qui surplombaient les remparts de la Citadelle. Eòghan était beau et nous avions la candeur de la jeunesse pour nous enivrer l'un de l'autre. Inutile de te dire combien je l'aimais, lorsque ses yeux d'azur plongeaient dans les miens, nous étions seuls au monde. Si seuls, que parfois nos corps s'épousaient et que nos âmes se faisaient l'amour, seulement nos âmes car nous n'avions pas le droit de nous aimer plus que cela. Il me reste encore le goût de nos baisers sur les lèvres et lorsque je ferme les yeux, malgré toutes ces longues années écoulées depuis, je perçois encore les frissons qui naissaient sur nos peaux. Sache, mon enfant que l'on n'oublie jamais ceux que l'on a aimé intensément et que pas même la mort n'a le pouvoir d'effacer les doux souvenirs.
Nous étions si jeunes alors, insouciants, inconscients. Dehors le chaos n'était pas loin de nos portes, protégés que nous étions dans l'enceinte fortifiée de la Cité, nous ne nous rendions pas compte à quel point nos existences pesaient si peu dans la balance du temps.
A'Leannáin était une ville qui s'élançait majestueusement sur les pentes escarpées de cette belle montagne qui lui faisait un écrin de mille couleurs. Le vert des forêts prenait la couleur de l'or à l'automne, il tranchait sur l'immaculé des rochers où se cachaient des grottes secrètes. L'eau glacée des ruisseaux dévalait des sommets enneigés, on apercevait parfois des troupeaux entiers de Péritons, ces animaux venus jadis se réfugier en Beinn Nibheis. On raconte à leur sujet, qu'ils seraient venus d'Atlantide pour fuir le chaos qui ruina leur contrée disparue. Il n'en reste plus de nos jours, mais je me souviens qu'ils étaient fabuleux. Si tu avais pu voir leur grands corps de cerfs, tout habillés de plumes multicolores et leurs immenses ailes lorsqu ils prenaient leur envol par dessus les vallées escarpées, tu t'en souviendrais aussi bien que moi. Ah, que de choses ont disparu depuis! Il y avait alors des Phœnix flamboyants, des Rocks aux ailes immenses, des Sleipnirs à huit pattes plus rapides que le souffle du vent, des Wolfens féroces qui se cachaient dans les passes les plus reculées, tandis que les sous bois étaient le domaine des Gobelins mangeurs de cailloux. Je ne suis qu'une vieille femme à présent, mais elles sont toujours gravées en moi. La mémoire, mon enfant est le cadeau le plus précieux que nous donne la vie. Un don qui adoucit l'existence autant qu'il la torture parfois. Comme je voudrais avoir oublié certaines choses. Pourtant je me souviens….
A l'aube de mes 17 ans, le Roi mon père m'isola pendant une semaine entière dans les profondeurs de la Citadelle. Le Tha mi était le rituel du Passage que toute Dalanide en âge de se marier devait accomplir.
On me laissa un jour et une nuit dans le noir le plus absolu. Le Latha-Oidche, consistait à faire le point sur la vie écoulée, sur nos aspirations profondes et sur nos intentions pour l'avenir. Je me souviens, de mes craintes aux premières heures où je me suis retrouvée seule dans ce qui ressemblait à un temple. Du bout des doigts, j'ai exploré chaque recoin, chaque pierre, j'ai découvert des colonnes si lisses qui, je pense, devaient être en verre. Elles étaient sculptées par endroits d'étranges volutes qui ressemblaient aux courbes de corps d'immenses serpents ailés. Au centre de cet antre froid, s'élevait une table dont la pierre était usée par les siècles. Elle était dressée d'un festin de fruits dont je ne saurais dire desquels il s'agissait, je ne me souviens que de ces goûts jamais plus rencontrés depuis. Mais je n'ai pourtant pas beaucoup mangé ces heures là, mon esprit s'envolait vers celle que j'allais être.
Le temps écoulé, on vint me chercher, on m'emmena par les dédalles de couloirs que je ne connaissais pas. Les lieux étaient empreints de mystère, l'air était lourd des vapeurs de l'encens, que des prêtresses en toge faisaient brûler dans de grands braseros. Nous arrivâmes dans un hammam digne des plus beaux palais orientaux. Du sol au plafond, des mosaïques montraient des scènes représentant toutes les créatures fabuleuses du monde connu, des temps anciens et ceux à venir. Dans la chaleur moite de cette étuve mon corps se purifia tout comme mon esprit venait de le faire les heures précédentes. Une femme voilée de noir vint s'occuper de ma peau. Elle l'exfolia à l'aide d'onguents aux senteurs merveilleuses, elle la massa avec des huiles précieuses dont les senteurs rappelaient le pays de Na'h-Innsean. Lorsque je suis ressortie de là, je me sentais aussi légère qu'une plume de colibri.
Le troisième et le quatrième jour furent consacrés à des entretiens où l'on testa mes connaissances. Je fus confrontée à mes maîtres, ceux qui m'avaient inculquée pendant mon enfance, les préceptes et les lois qui régissaient notre monde. J'ai passé toutes les épreuves avec brio, ils ont été fiers de moi et j'en ai tiré orgueil à ce moment là.
Di-haoine, voyait à peine le soleil se lever que l'on vint me chercher pour m'emmener à la Faculté. Le grand bâtiment avait des allures de vaisseau Elfique, sans doute pour rendre hommage à la science que ce peuple ancestral nous avait léguée. Je savais que ce jour là serait l'un des plus important de mon existence, puisque au terme d'une cérémonie secrète, j'allais acquérir mes ailes. Aujourd'hui encore, je ne peux dévoiler le déroulement des rituels, mais je peux te dire que les heures que j'ai passées là bas sont gravées en moi à jamais.
Vers le milieu de l'après midi, j'ai commencé à sentir deux petits bourgeons poindre sous ma peau, entre mes omoplates. La sensation était curieuse, comme si quelque invisible esprit me chatouillait le dos avec une plume. Lorsque mes ailes percèrent enfin, je ne ressentis aucune douleur. Elles se déployèrent doucement, pareilles aux ailes des cigales quand elles sortent de leur chrysalide, fragiles membranes à peine solides. Elles se défroissèrent lentement jusqu'à devenir deux belles ailes aux couleurs mordorées, et jusqu'à prendre la consistance qu'elles ont gardée depuis. L'instinct du vol était en moi depuis la nuit des temps. D'un battement, je me suis soudain envolée et mon premier vol fut le début de ma vie de femme. Je regrette mon enfant, qu'aujourd'hui ceux de notre race ne sachent plus retrouver les rites qui font venir à la vie les ailes dans le dos.
Je passais toute la journée suivante à perfectionner mon vol. Grisée par cette nouvelle liberté je m'amusais sans compter en tourbillonnant dans le vent tel un papillon fou. J'apprenais la maîtrise des courants ascendants et descendants, ce qui ne fut pas chose si facile crois moi. Cela m'a valu quelques frayeurs, lorsque je plongeais en piqué et que je voyais le sol se rapprocher trop vite à mon goût! Mais l'instinct fait si bien les choses, qu'il suffit d'ouvrir son cœur pour en tirer leçon, j'ai donc aiguisé mes ailes en tirant parti de mes erreurs. Aujourd'hui mon vol est plus posé qu'il ne l'était naguère, la sagesse vient avec l'âge dit-on! Mais ce temps là, et ce jour là en particulier, ce qui rythma mon apprentissage fut sans nul doute mon brin de folie insouciante.
Au matin de La na Sàbaid, je me réveillais très tôt, toute à mon impatience de retrouver l'homme que j'aimais et qui deviendrait, bientôt, mon époux. En effet la clôture du Tha mi voyait aussi l'annonce officielle des mariages princiers et je savais que Eòghan serait là à m'attendre, lorsque j'entrerai dans la grande salle d'apparat de la Citadelle. Durant cette longue semaine, il avait du, lui aussi subir les épreuves du Passage afin qu'on le considère désormais comme un Homme. Je ne peux hélas pas te raconter les épreuves qu'il endura de son côté, car tout ceci devait être tenu au secret, et d'ailleurs il n'a jamais eu le temps de m'en parler. Non pas qu'il ne l'aurait pas fait, mais simplement parce que l'histoire de nos vies allait sous peu prendre un nouveau tournant. Mais écoute encore ce que j'ai à te dire, mon histoire n'est pas terminée.
J'étais parée des plus beaux atours. Ma robe en brocard de couleur pourpre était rehaussée de broderies d'or et de pierres précieuses venues des quatre coins du monde. Des bombardes de dentelles fines ornaient le bas de mes manches, l'échancrure de mon encolure laissait deviner la naissance de mes seins et accueillait un torque d'or et de platine incrusté de gemmes. Toutes les cloches de la cité se mirent à retentir lorsque le soleil fut à son zénith. La foule s'était rassemblée dans la cité et la Citadelle grouillait d'hôtes tous plus importants les uns que les autres. Partout ce n'était que toilettes d'apparat, bijoux précieux, froufrous et dentelles. Les devantures des maisons étaient ornées des guirlandes de fleurs que certains étaient allés quérir sur les pentes du Beinn Nibheis et jusque dans la profonde forêt An sin, au détriment des dangers que l'on pouvait y rencontrer.
Je fis donc mon entrée dans la Grande Salle, fière d'arborer mes ailes toutes neuves. La foule me regardait, elle chuchotait sur mon passage, mais je n'avais d'yeux que pour lui. Eòghan était là, beau comme un Dieu, dans son armure de parade étincelante de mille feux. Je remarquai aussitôt la couleur flamboyantes des ailes qu'il avait acquises, signe de haut rang chez les hommes, la couleur rouge ne venait qu'aux êtres d'exceptions. Je vois encore son sourire, lorsque nos regards se retrouvèrent enfin. Mon dieu comme je l'aimais!
Le bonheur que l'on touche du bout d'une aile est si fragile mon enfant, qu'il suffit d'un souffle de vent pour que tout vole en éclat.
Chaos….
Tout se brouilla, lorsqu'ils envahirent la Grande Salle. Ils étaient armés jusqu'aux dents et un magicien les accompagnait, nous ne pûmes rien faire d'autre que subir leur assaut. Ils venaient des marais flottants de l'ouest, ce pays sans âmes où ne vivent que les damnés. Ces hommes appartenaient tous à la guilde des avaleurs de vie, je connaissais leur existence, sans jamais en avoir croisé aucun jusqu'alors. Dieu m'en gardât!
Ils n'avaient que faire de nos richesses, ce qu'ils voulaient trônait sur le tapis rouge de la Grande Salle, en habit de brocart pourpre et dentelles précieuses.
Deux des leurs, s'avancèrent en courant vers moi pendant que le magicien jetait un œil sans pitié sur la foule, la menaçant de son index pointé. Ils s'emparèrent de moi sans ménagement, je vis Eòghan s'élancer à mon secours faisant fi de la menace. Un éclair de braise déchira l'atmosphère et vint le frapper dans son élan, le clouant sur place incapable d'avancer plus encore. Mon cœur se mit à saigner, j'ai cru qu'il était mort…. Non pas encore. Un géant est apparu sorti tout droit du néant, incantation spectrale de la folie d'un magicien fou. Il s'est avancé vers mon unique amour et d'un coup de glaive lui a tranché ses ailes rouges. Ecarlate sur écarlate, le sang coulait à flots emportant dans les ténèbres ce qui restait d' Eòghan. J'ai vu la lumière de ses yeux s'éteindre lorsqu'il riva à jamais son regard dans le mien. Mon cœur éclata, je crus qu'il cessait de battre. Et puis tout est devenu noir, je suis tombée dans ce gouffre sans fond où je pensais me laisser engloutir pour une éternité. C'était sans compter sur la vilenie des hommes, mon enfant, le destin se fait parfois si cruel qu'on voudrait pouvoir remonter le temps pour en effacer les moments les plus douloureux.
Ils m'ont emporté, loin de chez moi, de ceux que j'aimais, de ma vie de mon avenir. Mes yeux se sont ouverts sur un nouveau jour, morne et sans espoir, le cœur serré dans un étau de fer à jamais. Je croyais que j'avais touché le fond, que s'en été fini, mais ce qui suivit mon réveil fut une abomination. Dans la petite cellule où j'avais été jetée sur une paillasse, deux hommes attendaient que j'ouvre enfin les yeux. Ils m'offrirent à boire, quelque chose de sucré, mais qui me laissa un arrière goût amer au fond la gorge. Ils me donnèrent à manger, quelque chose d'étrange, un genre de ragoût où nageait quelques morceaux de viande dure et filandreuse, que je m'efforçais d'avaler afin de préserver mes forces.
Puis la tête me tourna, je sentis venir le sommeil, mes paupières étaient si lourdes que je vis à peine vu les deux hommes s'approcher de moi. Ma volonté était inhibée, je n'ai pas pu résister lorsqu'ils ont commencé à me dévêtir, je leur disais "non", mais ils semblaient sourds. Doucement ils m'ont étendue à même le sol et je les ai senti sur moi à tour de rôle…. Mes ailes ont cessé de battre, dans ma demie-inconscience j'ai gravé leurs visages au plus profond de moi. Je suis morte en dedans. J'étais vierge. Ces barbares ont volé, en l'espace de quelques heures, mon amour et mon avenir. Je suis morte en dedans……
C'est là tout ce qu'ils voulaient. Un déshonneur pour la fille d'un roi. J'étais seule héritière et de part la loi de A'Leannáin je ne pourrais plus jamais accéder au trône, à la succession de mon père. En l'espace d'une journée morne, les guerriers barbares avaient anéanti le Royaume de Beinn Nibheis. Je savais que demain verrait l'avènement d'une période trouble où régnerait le chaos. Rien ne pourrait plus désormais changer le cours de l'histoire, de mon histoire. Oh, mon enfant si tu savais combien la douleur gronde encore dans mon cœur!
Lorsqu'on me ramena aux portes de la Cité, je vivais, mais j'étais détruite en dedans à jamais. J'ai mis pourtant toute mon âme pour survivre encore, m'accrochant à un rêve, celui que nous avions fait avec Eòghan. Mais comment avancer, sans son souffle à mon cou, sans ses doigts noués aux miens, sans ses lèvres sur ma peau? Et pourtant j'étais là, bien vivante, debout.
Lorsque mes pas traversèrent la porte principale de la Cité, sous l'œil éberlué de la garde, ce fut comme si rien n'avait existé avant ce jour. Les personnes que je croisais semblaient n'avoir point vécu cette terrible journée qui aurait dû être un si beau jour. Par les ruelles je montais jusqu'à la Citadelle, me demandant si tout cela n'avait été qu'un horrible cauchemar. A peine avais-je franchi l'enceinte que je vis s'approcher en courrant, la Grande Prêtresse qui avait procéder au rituel de l'ouverture de mes ailes. Elle était en larme, elle savait, mon espoir s'enfuit car je sus que je n'avais point rêvé.
Elle me prit contre elle en me serrant si fort que son étreinte à traversé le temps et que je peux la sentir encore.
Je déversai sur elle, mes larmes, mes douleurs et mes espoirs envolés. A force de douceur et d'écoute, elle apaisa la déchirure, mais elle flotte encore là, au plus profond de mon âme, dans ce petit tiroir que j'ai si bien su cacher sans jamais oser l'ouvrir jusqu'ici. Crois moi mon enfant, rien n'est pire que de ne pouvoir nommer ce qui vous torture le cœur. La blessure ne guérit jamais, elle suinte doucement, abîmant les restes de soi petit à petit jusqu'à vous engloutir dans sa putréfaction morbide. Elle fait son œuvre en secret, façonne une existence faisant fi des apparences, elle se cache pour un jour venir vous exploser en pleine face.
Je suis si vieille à présent, j'ai vécu tellement depuis ce jour maudit.
Le Royaume de Beinn Nibheis est tombé entre les mains des barbares le jour où mon père poussa son dernier soupir. Légalement, nous n'avons pas pu résister à l'invasion de ce peuple guerrier, car plus personne après mon père ne pouvait reprendre le trône de notre royaume qui leur revenait, de ce fait, de plein droit. C'était écrit dans les anciens textes depuis la création du monde. Ainsi est venu le temps du chaos. Nous avons perdu le pouvoir des ailes et bien plus encore.
Je suis partie, très loin de chez moi, j'ai volé très longtemps au-dessus des nuages avant d'atteindre ce rivage, j'ai affronté des tempêtes, j'ai bravé des orages sans jamais cesser de battre frénétiquement des ailes. Ici, j'ai retrouvé la douceur, effleuré un rêve du bout des doigts, l'envie de recommencer, pris un autre nom sous lequel tu m'as toujours connue. C'est ainsi qu' Ealasaid est devenue Aethère, qui veut dire "Ciel, Firmament" parce que c'est dans les airs que je passais le plus clair de mon temps, volant à la recherche de l'espoir perdu.
Bien sur, j'ai su continuer à faire semblant de vivre, cachant ma douleur sous un sourire, mais vois-tu mon enfant à l'aube où la vie me quitte, je peux avouer n'avoir jamais rien oublié de ce qui fut, de ce qui aurait pu être et qui ne fut jamais. Alors, ce jour je te confie mon histoire, qui est un peu la tienne, non pas pour qu'elle devienne ton fardeau, non ça je ne le voudrais point, mais pour qu'elle te donne les clés de ce qui a construit notre lignée. Elle sera ton arme s'il s'avérait qu'un jour, toi aussi, que tu doives recommencer. Sache, que même si le cœur éclate parfois, il subsiste toujours un peu de force au plus profond de soi pour continuer à s'accrocher à ses rêves et continuer ainsi à vivre.
Ferme les yeux, mon petit ange, que tes rêves soient doux, je reste là tout près de toi à veiller ton sommeil et demain je serais là encore et toujours.
......................................................Tha ghoal agam ort..............................................
Les Noms, et certains mots, que vous avez rencontrés dans cette histoire sont issus de la langue Gaélique. Vous trouverez ci-dessous un petit lexique vous en donnant la traduction dans l'ordre d'apparition dans le texte:
A Leannáin = Ô Chérie ……… J'ai trouvé que cela sonnait bien pour le nom d'une citée
Beinn Nibheis: Ben Nevis …… Le plus haut sommet de Grande-Bretagne
Ealasaid = Elizabeth
Donnchadh: Duncan
Tha mi: je suis
Latha-Oidche………………C'est un mot que j'ai composé à partir de deux mots Gaëliques:
Latha: un jour
Oidche: Nuit
Na' h-Innsean: l'Inde
Di-haoine: Vendredi
La na Sàbaid: Dimanche
An sin: Là-bas
Aethère: Prénom Celte signifiant Ciel, Firmament
Ce texte fais parti d'un prochain recueil de nouvelles, si tant est que l'inspiration me revienne ! Je désire étoffer cette histoire afin d'en faire un premier roman.... A vous qui passez par là, je vous prie de respecter les droits d'auteur, lisez mais de grace n'empruntez pas mes mots :o)









